Monsieur le Ministre d’État, Henri-Claude Oyima partage la vision du gouvernement sur la question de la dette publique et des finances du pays. L'endettement, souvent perçu comme un obstacle, peut en réalité devenir un levier de développement lorsqu'il est géré efficacement. Les réformes en cours visent à assainir les finances publiques, renforcer le Compte unique du Trésor et optimiser les exonérations fiscales. Alors que le pays se prépare à élaborer la loi de finances 2026, l'accent est mis sur l'importance d'un budget réaliste et transparent, garantissant que chaque investissement contribue réellement à la transformation économique et sociale du Gabon.
Monsieur le Ministre, quel regard portez-vous sur la question de la dette ?
Je vais rappeler que l’endettement est un problème lorsque le pays ne parvient pas à assurer le service de la dette et surtout, lorsque cette dette ne contribue pas à générer de la croissance. Aucun agent économique, privé ou public, ne peut assurer son développement sur ses ressources propres. L’endettement est par nécessité le moyen le plus rapide pour assurer son développement.
Pendant longtemps, dans notre pays, l’investissement n’a été qu’une variable d’ajustement, c’est-à-dire le reliquat entre les ressources propres et les dépenses de l’État. Aujourd’hui, la donne a changé et le budget d’investissement correspond à une volonté politique et à un engagement pour assurer le développement du pays qui ne peut se concevoir qu’avec un fort taux de croissance à deux chiffres. Je puis vous garantir que c’est l’objectif que le gouvernement de la République poursuit avec force et conviction, sous l’impulsion de Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement.
L’assainissement des finances publiques figure parmi les priorités de l’action de votre département ministériel. Où en sont les finances du pays au 30 août 2025 ?
La consigne gouvernementale est claire : rétablir les équilibres budgétaires, améliorer la gestion de la trésorerie et renforcer la transparence financière. Cet objectif nécessite des réformes indispensables et salutaires pour notre pays, pour restaurer la confiance, soutenir l’investissement et stimuler la croissance au bénéfice de tous les Gabonais. Le département ministériel dont j’ai la charge a pris des mesures en ce sens, à l’effet de renforcer la collecte des recettes et de rationaliser la dépense publique.
Pour ce qui est des recettes, la consigne réside dans le reversement systématique et sans exception au compte unique du Trésor (CUT). Nous investissons dans la digitalisation comme mode de paiement prioritaire des impôts.
En outre, des actions complémentaires sont en cours, y compris la réalisation d’un audit des baux administratifs de l’État, mené par une commission multisectorielle à travers l’ensemble du territoire national. Cela comprend également l’interdiction des exonérations fiscales, la rationalisation des subventions et l’interdiction des compensations des recettes.
Des audits visant à évaluer l’efficacité des agences, des sociétés sous tutelle et des entreprises publiques seront également entrepris pour garantir leur pertinence et leur contribution financière aux comptes publics.
Permettez-nous l’épineuse question concernant les exonérations ?
Il importe de noter que par le passé, les exonérations fiscales ont été accordées sans règles claires. Sur les trois dernières années, les dépenses fiscales sont évaluées à plus de 1 000 mds de F CFA. Un manque à gagner qui aurait pu être alloué aux projets prioritaires. Le gouvernement a donc suspendu les exonérations de manière temporaire et lancé un audit complet. Nous révisons actuellement les réglés, de telle sorte que chaque exonération profite véritablement à l’économie, crée des emplois et augmente les recettes. Cela fait partie du changement du paradigme qui s’opère dans notre économie.
La loi de finances 2026 est en cours de préparation. Quels sont les objectifs de cet exercice hautement important ?
Le processus d’élaboration du projet de loi de finances 2026 s’inscrit dans une dynamique renouvelée. Pour la première fois, les conférences budgétaires ont débuté par l’analyse des recettes avant celle des dépenses, marquant ainsi une rupture avec les pratiques passées et affirmant la volonté de bâtir un budget réaliste et soutenable. En ce sens, chaque dépense doit être justifiée, évaluée et priorisée. Il ne s’agit plus simplement de dépenser, mais de transformer, d’impacter et de rendre compte.
Il faut rappeler que chaque étape des conférences budgétaires a été rythmée par des rencontres approfondies avec les institutions et ministères concernés, favorisant un dialogue structuré entre l’administration budgétaire, les ministères sectoriels et les autres institutions. Cette démarche s’appuie sur des principes d’inclusivité, de discipline, de performance, de crédibilité et d’alignement avec les priorités présidentielles.
Par cette méthodologie, le gouvernement entend renforcer la transparence, la rigueur et la cohérence de l’action budgétaire, afin que chaque franc public investi contribue pleinement à la transformation économique et sociale du pays.
Monsieur le Ministre, vous avez annoncé le renforcement du Compte unique du Trésor (CUT). Pouvez-vous apporter plus de précisions sur cette décision ?
Le gouvernement a engagé une réforme majeure pour centraliser toutes les recettes dues à l’État au seul compte appelé « Compte unique du Trésor », conformément à l’article 80 de la loi organique relative aux lois de finances qui consacre le principe d’unicité des caisses.
Consolider le Compte unique du Trésor permet une meilleure gestion des finances publiques.
Actuellement, les fonds de l’État sont souvent déposés sur plusieurs comptes dans diverses banques, ce qui complique la visibilité sur les ressources disponibles et peut conduire à des emprunts à court terme, malgré des liquidités inutilisées ailleurs.
Le renforcement du CUT, c’est moins de dettes inutiles, plus de transparence, plus de crédibilité et plus de moyens pour répondre aux besoins prioritaires des Gabonais.
Je vous rappelle que l’État est un agent économique. Imaginez-vous un agent économique qui ne sait pas où sont logées ses recettes, c’est le début du désordre. Nous voulons de la discipline, de la méthode et de la cohérence dans l’action ainsi que le chef de l’État m’a instruit et je tiendrai au strict respect de ce triptyque.